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L’Évangile de Judas

Œuvres anciennes supplémentaires • introduction, histoire et texte (paroles 1–45)

Conservé : transcription éditée du Nom sacré à partir des photographies de David Farkas de la source imprimée. Complet tel qu’imprimé : l’introduction et l’histoire (pages 493–497) et le texte, paroles 1–45 (pages 498–504).

Introduction et histoire (pages imprimées 493–497)

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La question de Judas

Aucune découverte depuis les manuscrits de la mer Morte n’a secoué le monde chrétien comme celle de l’« Évangile de Judas » nouvellement traduit. L’histoire présentée dans ce texte court mais puissant révèle un plan dans lequel des fins célestes justifiaient des moyens monstrueux. La trahison devint collaboration et le meurtre ressembla à un suicide, alors que Yeshua et Judas commençaient une danse macabre vers l’éternité. Le christianisme orthodoxe a sa doctrine, son canon et son histoire politique, mais ceux-ci sont bien différents de ceux que révèle l’Évangile de Judas.

Selon le point de vue politique orthodoxe, la mort de Yeshua était recherchée par les autorités romaines, à mesure qu’il gagnait des disciples et était déclaré « roi » par la population juive. Les chefs religieux juifs planifiaient aussi sa mort, croyant que Yeshua tentait de réformer le judaïsme et de leur arracher leur contrôle sur le peuple. L’Évangile de Judas remet en question cette vision acceptée de l’intrigue politique ayant mené à la trahison et à la mort de Yeshua.

Le porte-parole de la Fondation Maecenas, l’une des entreprises de Bâle, en Suisse, qui travaillent sur le projet Judas, le directeur Mario Jean Roberty, rapporte : « Nous venons de recevoir les résultats de la datation au carbone ; le texte est plus ancien que nous le pensions et remonte à une période située entre le début du troisième et le quatrième siècle. Nous ne voulons pas révéler le caractère exceptionnel de ce que nous avons, sinon que le texte de Judas Iscariote a remis en question certains des principes politiques de la doctrine chrétienne. » Imaginez Judas, l’homme que toute la chrétienté a haï pendant deux mille ans, désormais présenté comme l’élu, le martyr, le bouc émissaire, et l’homme instruit et désigné par Yeshua lui-même pour orchestrer et accomplir la plus grande trahison de tous les temps. Mais une trahison ordonnée par celui qui est trahi n’est pas du tout une trahison : c’est un disciple loyal et dévoué qui accomplit les désirs de son maître.

Quelle fut la récompense de Judas pour avoir trahi Yeshua ? Selon l’Évangile de Judas, ce fut une reconnaissance spéciale de la part de Yahweh et la bénédiction de Yeshua, le sauveur de l’humanité. Étrangement, il y a dans notre propre Bible des éléments qui étayent cette affirmation. Judas peut s’être vu promettre une position d’autorité avec les autres apôtres.

L’Évangile de Judas nous renverse et impose au lecteur une vision nouvelle et inconfortable. Judas avait-il reçu de Yeshua une connaissance et une instruction spéciales ? Devons-nous le remercier pour la mort de Yeshua ? Une trahison mortelle ordonnée par la victime est-elle un suicide ou un meurtre ? Ce quisling meurtrier est-il vraiment un saint ? Qui est cet homme, Judas ? Que savons-nous de lui ? D’où venait-il ? Que voulait-il ? Qu’a-t-il fait ?

Ce ne sont là que quelques-unes des questions laissées à résonner dans l’esprit du lecteur.

Les théories sur Judas abondent. Il est présenté comme avide et égoïste, ainsi que comme un esprit sanctifié. Certains disent qu’il était possédé, certains disent qu’il était un saint, et certains croient qu’il est Satan lui-même.

Judas a-t-il été l’impulsion de la mort, de l’ensevelissement et de la résurrection pour Yeshua, et donc le démon qui nous a sauvés ? Judas sera-t-il l’antichrist que nous rencontrerons à la fin des jours, ou régnera-t-il en jugeant les tribus d’Israël ?

Chaque histoire a deux côtés. Examinons les deux côtés, en commençant par l’Évangile de Judas, son histoire, sa théologie et son texte.

Comprendre l’intention

On peut comprendre l’Évangile de Judas à un niveau plus profond si l’on explore d’abord son contexte. On peut poser les questions appropriées au sujet du texte : « qui, quoi, quand, où et pourquoi ». La question du « qui » a écrit l’Évangile de Judas ne sera peut-être jamais résolue. Ce que l’auteur essayait de dire sera exploré en profondeur. La science peut réduire, et a réduit, le « quand » et le « où ». Pourquoi l’humanité écrit est axiomatique. Nous écrivons pour documenter, expliquer, exprimer ou convaincre. Au bout du compte, ce sont là les raisons. Le temps dira si l’auteur de Judas a réussi. À une époque où le gnosticisme luttait pour exercer une influence au sein de la chrétienté, l’Évangile de Judas a été écrit pour contester les croyances de l’orthodoxie ecclésiale nouvellement émergente, pour expliquer la théologie gnostique et pour propager la secte. Pour mieux comprendre cet Évangile, il faut le lire en gardant ces objectifs à l’esprit. Pendant des siècles, la définition même du gnosticisme a été une source de confusion et de contestation au sein de la communauté religieuse. Cela tient en partie à l’application toujours plus large du terme et au fait que diverses sectes du gnosticisme existaient à mesure que la théologie évoluait et commençait à se fondre dans ce qui est devenu le christianisme dominant. Le gnosticisme continuait d’évoluer ; c’est la théologie en place à l’époque où l’Évangile de Judas a été écrit qu’il faut considérer et comprendre avant d’essayer de rendre ou de lire une traduction. Agir autrement rendrait la traduction obscure et obtuse. Il devient du devoir du traducteur comme du lecteur de comprendre les idées exposées et les termes qui véhiculent ces idées. Une compréhension de la théologie, de la cosmologie et des termes pertinents est nécessaire pour une transmission claire du sens du texte en question. Dans cet esprit, nous examinerons brièvement la théologie, la cosmologie et l’histoire gnostiques. Nous nous concentrerons principalement sur les sectes gnostiques existant du premier au quatrième siècle apr. J.-C., puisqu’on croit que la plupart des Évangiles gnostiques ont été écrits pendant cette période. C’est aussi pendant cette période que les réactions au sein de l’orthodoxie chrétienne émergente ont commencé à s’intensifier et que l’Évangile de Judas a été écrit. L’écueil de nombreux livres écrits sur le sujet de la religion est la tentative d’écarter d’une manière ou d’une autre l’histoire et les personnes de l’équation. L’histoire façonne la religion parce qu’elle façonne la perception et l’orientation des chefs religieux. La religion se développe et évolue aussi en essayant de donner un sens à l’univers tel qu’il est vu et compris à l’époque. Ainsi, pour saisir véritablement un concept religieux, il est important de connaître l’histoire, les personnes et la cosmologie de l’époque. Ces domaines ne sont pas séparés, mais interagissent continuellement.

Qu’est-ce que l’Évangile de Judas ?

Qu’est-ce que l’Évangile de Judas, et pourquoi diffère-t-il si grandement des récits évangéliques de la Bible ? L’Évangile de Judas est considéré comme un texte gnostique. Les gnostiques étaient une secte du christianisme et, comme toute secte ou religion, ils luttaient pour s’étendre et subsister sous la persécution de l’orthodoxie nouvellement émergente de l’époque. L’Évangile de Judas peut avoir été écrit pour aider à soutenir et à perpétuer le gnosticisme. Cela peut expliquer son écart radical par rapport au récit évangélique traditionnel, ainsi que la raison de sa création. En effet, une façon de regarder tout livre religieux, canonique ou non, est de le voir comme une tentative d’expliquer ses croyances, de persuader les autres d’adhérer à ces croyances, et d’interpréter l’histoire et les récits connus à la lumière de sa propre théologie et cosmologie. Cela se fait non seulement pour donner du poids à son propre système de croyances, mais aussi simplement parce que l’homme voit les événements comme pertinents par rapport à ce qu’il tient pour vrai. Comme il a été dit précédemment, l’Évangile de Judas est, avant toute chose, un Évangile gnostique, puisqu’il tourne autour d’une connaissance spéciale, ou Gnose, donnée à Judas par Yeshua. Cette connaissance représentait ce que les gnostiques tenaient pour la vérité universelle.

L’histoire de l’Évangile de Judas

L’Évangile de Judas nouvellement découvert est très controversé pour plusieurs raisons. Sur le plan théologique, il divise en raison de sa théologie gnostique. La principale controverse dans le texte tourne autour de la théorie selon laquelle Yeshua a demandé à Judas de le trahir afin d’accomplir sa destinée et les Écritures. Si cela est vrai, cela ferait de Judas un saint, et non le pécheur et le traître tel que le croit l’Église dominante. Le texte est aussi intéressant simplement parce qu’il est écrit en copte. Les documents de la période et de la région où la langue copte était native sont une découverte rare. Le mot copte est une corruption arabe du mot grec Aigyptos, qui vient à son tour du mot Hikaptah, l’un des noms de la ville de Memphis, la première capitale de l’Égypte ancienne. Il n’y a jamais eu d’État copte, ni de gouvernement copte à proprement parler ; cependant, le mot a été utilisé pour définir de manière générale une culture et une langue présentes dans la région de l’Égypte à une période particulière. L’histoire connue des Coptes commence avec Ménès, le premier pharaon, qui unit les royaumes du nord et du sud de l’Égypte vers 3050 av. J.-C. La civilisation égyptienne ancienne sous le règne des pharaons dura plus de 3000 ans. Saint Mina (nommé d’après le roi) est l’un des principaux saints coptes. Il fut martyrisé en 309 apr. J.-C. Cette culture en est venue à être reconnue comme contenant une langue, un art, une architecture et même certains systèmes religieux distinctifs. Il existe même un système d’Église chrétienne copte très distinctif, avec son propre canon, qui contient plusieurs livres de plus que ceux des Bibles protestante ou catholique. Le message et le sens de l’Évangile de Judas sont convaincants, ne serait-ce qu’en raison de son point de vue différent, qui nous force à réexaminer la place, le parcours et les actions de Judas et son acte de trahison. Les Évangiles et le livre des Actes racontent l’histoire de Judas comme celle de quelqu’un qui fut influencé par le diable. La fin à laquelle Judas parvint. Les livres canoniques désignent Judas comme un traître, un livrant, et comme quelqu’un influencé par le diable. Cependant, l’Évangile de Judas renverse cette idée en affirmant que Judas a été invité, sinon requis, à planifier et à accomplir la trahison qui serait l’impulsion de la crucifixion. Le plan était de livrer Yeshua aux autorités afin que l’Écriture et la prophétie puissent s’accomplir, et Yeshua était la personne qui concevait le plan. La plupart des érudits s’accordent à dire que les Évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean ont été écrits entre la date de la mort de Yeshua et environ 90 apr. J.-C. L’Évangile de Judas a été écrit à l’origine en grec vers 180 apr. J.-C. au plus tôt. Si cela est vrai, Judas ne pouvait pas en être l’auteur. Pour que Judas ait rédigé son œuvre, il aurait eu environ 120 ans au moment de sa rédaction. Écartant cette possibilité, l’auteur original est inconnu. Les dates des textes originaux sont fondées sur des mots et des usages communs à certaines périodes. C’est comparable à la façon dont l’argot est utilisé aujourd’hui. Des mots différents étaient utilisés à différentes époques de l’histoire. C’est ainsi que les érudits déterminent l’âge d’une langue ancienne. Une autre façon de préciser la date du texte original est de chercher des références à celui-ci dans d’autres écrits. Cela fixerait la date la plus tardive à laquelle le texte aurait pu être écrit. Irénée, traduit par Raemers, déclare : « Outre ces Évangiles, nous savons qu’il a autrefois existé un Évangile de Barthélemy, un Évangile de Thaddée mentionné dans le décret du pape Gélase, et un Évangile de Judas Iscariote en usage chez les Caïnites et dont parle saint Irénée. » Dans la traduction de Roberts-Donaldson d’Irénée, le Père de l’Église déclare : « D’autres encore déclarent que Caïn tirait son être de la Puissance d’en haut, et reconnaissent qu’Ésaü, Coré, les Sodomites et toutes les personnes de ce genre sont apparentés à eux-mêmes. Pour cette raison, ajoutent-ils, ils ont été assaillis par le Créateur, mais aucun d’eux n’a subi de préjudice. Car Sophia avait l’habitude de leur enlever ce qui lui appartenait pour le porter vers elle-même. Ils déclarent que Judas le traître connaissait parfaitement ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme nul autre, a accompli le mystère de la trahison ; par lui, toutes choses, terrestres et célestes, ont ainsi été jetées dans la confusion. Ils produisent une histoire fictive de ce genre, qu’ils appellent l’Évangile de Judas. » Irénée poursuivit en disant que ces écrits provenaient de ce qu’il appelait une secte gnostique « caïnite » qui se mesurait au christianisme orthodoxe. Il accusa aussi les Caïnites de louer le meurtrier biblique Caïn, les Sodomites et Judas, qu’ils considéraient comme le gardien de mystères secrets. Connaître les dates des écrits d’Irénée précise davantage la date, vers ou avant 180 apr. J.-C. Bien sûr, cela n’affecte l’Évangile de Judas que si nous concluons que le texte dont parlait Irénée est le même texte que nous avons aujourd’hui. Malheureusement, il n’y a aucun moyen de le savoir avec certitude, mais nous avons quelques indices. Caïn n’est pas mentionné dans la version de l’Évangile de Judas que nous avons aujourd’hui. En outre, l’évolution de la cosmologie tend à aller du simple au complexe, et cette tendance se manifeste dans la version actuelle, puisque Yaldabaoth, qui est aussi appelé « Nebro », le « rebelle », est présenté comme le créateur de Saklas, et c’est Saklas qui est dépeint plus loin dans l’Évangile de Judas comme le créateur de l’humanité et du monde physique. Cependant, dans d’autres écrits gnostiques, Yaldabaoth est le « démiurge » ou façonneur du monde, et il est clairement identifié comme la même divinité que Saklas. Cela signifie que, dans l’Évangile de Judas, il y a eu une séparation entre Yaldabaoth et Saklas, menant à une cosmologie plus complexe. Cela indique que l’Évangile de Judas que nous avons aujourd’hui a été écrit plus tard que celui dont parle Irénée, puisque de son temps, ces divinités étaient une seule et même.

Or, l’archonte qui est faible a trois noms. Le premier nom est Yaltabaoth, le deuxième est Saklas (« fou »), et le troisième est Samael. Et il est impie dans son arrogance qui est en lui. Car il a dit : « Je suis dieu et il n’y a pas d’autre dieu que moi », car il ignore sa force, le lieu d’où il était venu. Apocryphe de Jean, vers 200 apr. J.-C.

Quant à la datation de la copie trouvée en Égypte, la formation de certaines lettres change aussi avec le temps et le style des caractères dans les textes place les copies dans une certaine période. Le texte de Judas, de 26 pages, est une copie en copte de l’Évangile de Judas original, qui avait été écrit en grec le siècle précédent. Des tests de datation au carbone radioactif ainsi que des spécialistes des langues anciennes ont établi que la copie avait été écrite entre 220 et 340 apr. J.-C. L’Évangile découvert avait été écrit sur papyrus, probablement dans un monastère gnostique en Égypte. Bien que d’autres copies aient pu être faites, elles ont probablement été perdues lors de la campagne de saint Athanase, au quatrième siècle, pour détruire tous les textes hérétiques. Tous les textes non acceptés par l’Église nouvellement établie devaient être brûlés. L’hérésie ne devait pas être tolérée, et le gnosticisme était considéré en tête de liste. Non seulement le gnosticisme différait de la théologie orthodoxe, mais il approuvait une quête personnelle de connaissance, et c’était là quelque chose qui échappait au contrôle de l’Église. Pour maintenir son contrôle, la nouvelle Église devait écraser ces croyances. Pour protéger le texte des soldats d’Athanase, on pense qu’un moine ou un scribe gnostique a enterré des copies de certains textes gnostiques dans une zone de tombes en Égypte. Elles n’ont été découvertes qu’à la fin des années 1970. L’Évangile était l’un des trois textes trouvés qui étaient reliés ensemble en un seul codex. L’Évangile a été mis au jour en 1978 par un cultivateur. Il avait trouvé un petit contenant semblable à une boîte funéraire dans une grotte près d’El Minya, en Égypte. Dans la petite boîte scellée se trouvait une partie d’un codex, ou recueil de textes de dévotion. Le cultivateur a vendu le codex à un marchand d’antiquités au Caire. La transaction a été gardée secrète, mais on a rapporté qu’elle avait eu lieu en 1983. Le marchand d’antiquités ignorait le contenu du codex lorsqu’il a offert l’Évangile à vendre au spécialiste des études coptes, Stephen Emmel, de l’Université de Munster, en Allemagne, et à un autre érudit. La rencontre a eu lieu dans une chambre d’hôtel à Genève, en Suisse. C’est Emmel qui a examiné le codex et qui a le premier soupçonné que les feuilles de papyrus parlaient de Judas. Bien que le texte ait plus qu’intrigué Emmel, le prix demandé était si élevé, à 3 millions de dollars américains, qu’il n’y avait aucun moyen de se permettre l’achat. On a offert au vendeur un prix inférieur d’un ordre de grandeur au prix demandé. Le vendeur a pris cela comme une insulte et la transaction est restée bloquée. En raison de la frustration causée par le fait que sa cupidité n’était pas satisfaite, le marchand a entreposé le codex dans un coffre-fort d’une banque de Hicksville, N.Y., pendant 16 ans. Là, loin de l’air sec du désert, dans la boîte où l’humidité était plus élevée, il s’est détérioré et effrité jusqu’à ce que la marchande d’antiquités établie à Zurich, Frieda Nussberger-Tchacos, l’achète en 2000 pour une somme bien inférieure au prix demandé à l’origine. Le codex a ensuite été acquis par la Fondation Maecenas pour l’art ancien, en Suisse, en 2001. La fondation a invité National Geographic à aider à la restauration en 2004. Au cours des 5 années suivantes, des milliers de morceaux de papyrus ont été rassemblés comme un casse-tête. Des milliers de morceaux, si petits qu’ils ne contenaient qu’une lettre ou deux, ont été replacés à leur position dans le texte à l’aide de pinces et de l’imagerie informatique. Une fois ce travail terminé, une équipe d’érudits a traduit le document en anglais, du mieux qu’ils ont pu, compte tenu de l’état du document et du nombre de morceaux manquants. L’original restauré est maintenant conservé au Musée copte du Caire. On peut voir une reproduction du texte en copte à l’adresse : http://www.nationalgeographic.com/lostgospel/_pdf/CopticGospelOfJudas.pdf En raison de l’âge extrême du texte et des mauvais traitements qu’il a subis, une grande partie en est illisible. Il y a des lacunes et des trous dans le codex. Des lignes entières manquent. Certaines parties de la traduction ont été faites sur la base de la « meilleure conjecture ». S’il manquait des lettres à des mots ou à des expressions courants, les traducteurs pouvaient supposer et remplacer des lettres et même des mots ou des expressions. Lorsque les lacunes devenaient plus grandes ou que le sens de l’expression était incertain, les traducteurs notaient simplement l’absence de données. Dans la présente reproduction, nous avons tenté deux démarches audacieuses. Nous souhaitions présenter au public une interprétation plus engageante, ce qui exigeait nécessairement des notes et des explications disponibles à l’endroit même où les idées étaient rencontrées. Nous souhaitions aussi tenter de combler certaines des lacunes du texte, si possible. À titre d’avertissement, il faut comprendre que les traducteurs originaux ont fait un travail remarquable avec le texte était simplement manquant, s’étant désintégré en poussière et en poudre, pour ne plus jamais être lu de nouveau. Le texte présenté ici reprend le travail fait par beaucoup d’autres et présente l’Évangile de Judas dans une langue et un format plus lisibles, accompagnés de commentaires intégrés. Il élargit ensuite le texte, comblant les lacunes du mieux qu’il était possible de le faire, à partir d’une compréhension de la théologie gnostique, de renseignements historiques, de références textuelles et du déroulement logique de la conversation.

Tous les mots ou expressions entre parenthèses indiquent les ajouts faits au texte, soit pour combler les lettres, les mots ou les lignes manquants ; soit pour clarifier une formulation ambiguë dans le texte original ou dans sa traduction. Lorsqu’un mot pouvait être traduit de plus d’une façon, une barre oblique « / » a été utilisée pour noter les divers choix. Les commentaires sont clairement marqués comme « Notes » et sont placés en caractères italiques dans le texte. Le lecteur devrait garder à l’esprit la fonction probable du texte. Le titre en donne un indice. Ce n’est pas « L’Évangile selon Judas », mais plutôt « L’Évangile de Judas ». Cela indique que l’auteur voulait exalter Judas, sa position et sa contribution selon la théologie épousée et propagée par le texte. Sachant ces choses, les mots et les lignes manquants dans le texte peuvent faire l’objet de suppositions éclairées et raisonnables. Ce sont, cependant, des suppositions tout de même. Regardons maintenant l’Évangile de Judas.

Le texte — Paroles 1–45 (pages imprimées 498–504)

L’Évangile de Judas

C’est la proclamation, qui a été secrètement révélée à Judas Iscariote par Yeshua pendant cette période de huit jours qui comprenait (qui était) les trois jours avant qu’il (Yeshua) célèbre la Pâque (un traducteur a « célébré sa passion / souffrance).

Note : La proclamation n’est pas le logos, la parole ou le Messie pour l’Église orthodoxe. Le mot ici est une proclamation de jugement, comme dans un verdict de tribunal.

1. Yeshua apparut sur la terre pour accomplir des miracles et des actes merveilleux afin de sauver l’humanité. Parce que certains se conduisaient de manière juste et que d’autres persistaient dans leurs péchés, il décida d’appeler les douze disciples.

2. Il commença à leur parler des mystères qui se trouvaient au-delà de ce monde et de ce qui arriverait à la fin de ce monde (à la fin). Il changeait souvent d’apparence et n’était pas vu comme lui-même, mais ressemblait à un enfant (certains traducteurs ont apparition ou esprit) lorsqu’il était avec ses disciples.

3. Il vint un jour sur ses disciples en Judée alors qu’ils étaient assis ensemble pieusement (exerçant leur piété - entraînement à la piété). En s’approchant des disciples, il vit qu’ils étaient assis ensemble, rendant grâce et disant une prière sur le pain (Eucharistie / action de grâce). Il rit.

4. Les disciples lui demandèrent : « Rabbi, pourquoi ris-tu de notre prière d’action de grâce ? N’avons-nous pas agi de manière appropriée ? » Il dit : « Je ne ris pas de vous. C’est simplement que vous ne faites pas cela parce que vous le voulez. Vous faites cela parce que votre dieu (doit être / sera) loué. »

5. Ils dirent : « Rabbi, tu es le (terrestre / seul) fils de notre dieu. » Yeshua répondit : « Comment me connaissez-vous ? (Pensez-vous me connaître ?) Je vous le dis, en vérité, aucun d’entre vous dans cette génération (dans cette race) ne me comprendra. »

6. Ses disciples entendirent cela et devinrent enragés et commencèrent à marmonner des blasphèmes et à se moquer de lui dans leur cœur. Lorsque Yeshua vit leur incapacité à comprendre ce qu’il leur disait (leur stupidité), il se moqua : « Pourquoi vous êtes-vous tant fâchés que vous êtes devenus enragés ? Votre dieu qui est en vous, (et votre propre manque de compréhension vous guide et) ont suscité cette colère dans votre (esprit / âme). (Je mets au défi) tout homme parmi vous de me montrer qui est (assez compréhensif) pour faire paraître l’homme parfait et se tenir debout pour me faire face. »

7. Ils dirent tous : « Nous sommes assez forts. » Mais dans leur (être véritable) esprit, aucun n’osa se tenir devant lui, excepté Judas Iscariote. Judas put se tenir devant lui, mais même lui ne put regarder Yeshua dans les yeux, et il détourna son visage.

Note : On ne sait pas avec certitude pour quelle raison Judas n’a pas regardé Yeshua. C’était une coutume de respect de ne pas regarder un supérieur dans les yeux. Ou bien Judas était incapable de regarder Yeshua, ou bien il était contraint par la position de Yeshua comme son Rabbi.

8. Judas lui dit : « Je sais qui tu es et d’où tu viens. Tu es de l’éon perpétuel (éternel) (royaume ou règne) de Barbelo (le royaume perpétuel de Barbelo). Je ne suis pas digne de prononcer le nom de celui qui t’a envoyé. »

9. Yeshua savait que Judas était capable de comprendre (de manifester / de penser à) quelque chose qui était glorieux, alors Yeshua lui dit : « Éloigne-toi (écarte-toi / à distance) des autres et je te parlerai des mystères de Yahweh (le règne de Yahweh / royaume de Yahweh). »

10. « Il t’est possible de t’y rendre, mais le chemin te causera un grand chagrin parce que tu seras remplacé afin que les douze soient de nouveau complets avec leur dieu. » Judas lui demanda : « Quand me diras-tu comment le grand jour de lumière se lèvera pour cette génération (race) ? Quand m’expliqueras-tu ces choses ? » Mais pendant qu’il demandait ces choses, Yeshua le quitta.

11. À l’aube du jour suivant après que cela fut arrivé, Yeshua apparut à ses disciples. Ils lui demandèrent : « Rabbi, où es-tu allé et qu’as-tu fait lorsque tu nous as quittés ? » Yeshua leur dit : « Je suis allé vers une autre génération (race) qui est une génération (race) plus grande et plus sainte. »

12. Ses disciples lui demandèrent : « Yeshua, qu’est-ce que cette grande race qui nous est supérieure et plus sainte que nous, qui n’est pas maintenant dans ce domaine (royaume) ? » Lorsque Yeshua entendit cela, il rit et leur dit : « Pourquoi pensez-vous dans vos cœurs à la race (génération) puissante et sainte ? En vérité, je vous le dirai. Aucun de ceux qui sont nés dans cet âge (domaine / éon) ne verra cette (génération / race), et même pas la multitude (armée) des anges (contrôlant) les étoiles ne régnera sur cette génération (race), et aucune personne mortelle (corruptible) ne peut s’associer (appartenir) à elle. »

13. « Cette génération ne vient pas (d’un domaine) qui est devenu (mortel / corrompu). La génération des gens parmi (vous) vient de la génération de l’humanité (d’inférieure / sans) puissance, qui (ne peut s’associer aux) autres puissances (d’en haut) par (lesquelles) vous régnez / êtes gouvernés. » Lorsque les (ses) disciples entendirent cela, ils furent tous troublés dans (leur cœur / esprit). Ils étaient sans voix (incapables de prononcer un mot).

Note : Ceci commence une distinction entre la génération ou race de l’humanité, qui est inférieure, en décomposition et non éclairée, et la « grande génération ou race », qui est éclairée, incorruptible et éternelle. Il n’y a que deux races : ceux qui ont la gnose et ceux qui ne l’ont pas. Fait intéressant, Yeshua a sa place avec les disciples dans la grande génération.

14. Un autre jour, Yeshua s’approcha (d’eux). Ils lui dirent : « Rabbi, nous t’avons vu dans un (rêve), parce que nous avons tous eu de lourds (rêves au sujet d’une nuit où tu as été emmené / arrêté). » (Il dit) : « Pourquoi avez-vous (êtes-vous venus à moi alors que vous vous êtes) cachés ? »

15. Ils dirent : « Il y avait (un bâtiment imposant avec un grand autel en lui et douze hommes, (que nous dirions) les prêtres, et il y avait un nom, et une foule de gens qui attendaient (qui enduraient à cause de leur persévérance) à cet autel, (que le prêtre (vienne et reçoive) les offrandes). (Cependant) nous avons continué d’attendre (nous étions tenaces aussi). » (Yeshua demanda) : « Comment étaient (les prêtres) ? » Ils dirent : « Certains (d’entre eux) jeûnaient pendant deux semaines ; (d’autres) sacrifiaient leurs propres enfants, d’autres leurs épouses, (pendant tout ce temps) en louange (offrande) d’humilité les uns envers les autres ; certains ont des relations sexuelles avec d’autres hommes ; certains assassinent ; certains commettent une pléthore de péchés et d’actes criminels. Et les hommes qui se tiennent devant l’autel invoquent ton nom (’autorité), et dans tous les actes issus de leur manque de connaissance (manque de lumière), les sacrifices sont menés à leur accomplissement (par leurs mains) (l’autel est resté plein grâce à leur ouvrage d’abattage des sacrifices). » Après avoir dit ces choses, ils devinrent mal à l’aise et silencieux.

16. Yeshua leur demanda : « Pourquoi êtes-vous troublés ? Qu’il en soit ainsi. Je vous dis que tous les prêtres qui se sont tenus devant cet autel invoquent mon nom. Je vous ai dit bien des fois que mon nom a été écrit sur le (jugement) de cette race (et sur) les étoiles à travers les générations humaines. En mon nom, (ces gens) ont planté des arbres stériles, (et l’ont fait) sans aucun honneur. »

17. Yeshua leur dit : « Vous êtes comme ces hommes que vous avez vus conduire les offrandes à l’autel. C’est le dieu que vous servez, et les douze hommes que vous avez vus vous représentent. Le bétail que vous avez vu et qui a été amené pour le sacrifice représente les nombreuses personnes que vous avez égarées (égarerez) devant cet autel. (Vous) vous tiendrez (conduirez / représenterez) et utiliserez mon nom de cette façon, comme le feront les générations des pieux et vous resterez tous loyaux envers “lui”. (Certaines traductions ont- « Le seigneur du chaos établira sa place de cette façon. ») Après « lui », un autre homme conduira depuis (le groupe des fornicateurs), et (un autre conduira) à l’autel depuis ceux qui) assassinent des enfants, et un autre depuis ceux qui sont homosexuels, et (un autre) ceux qui jeûnent, et (un se tiendra depuis) le reste de ceux qui se pollutionnent eux-mêmes et qui sont anarchie et qui pèchent, et (depuis) ceux qui disent : ‘Nous sommes comme les anges’ ; ce sont les étoiles qui (font que tout arrive / mènent tout à sa fin). »

18. « Il a été dit aux générations humaines : ‘Voyez, dieu a reçu votre sacrifice des mains d’un prêtre.’ Mais le prêtre est un ministre d’erreur (ministre dans l’erreur / ministre mais est dans le péché). Mais c’est Yahweh, Yahweh de tout (la plénitude du divin), qui commande : ‘Au dernier jour (du temps), ils seront couverts de honte (certains ont - “à la fin des jours”).’ »

Note : Yeshua dit aux disciples qu’ils sont loyaux envers le mauvais dieu. Il poursuit en disant que ce sont eux qui assassinent, forniquent et pèchent. De plus, Yeshua leur dit qu’ils mèneront les gens à un abattage spirituel comme le bétail qu’ils ont vu sacrifié dans leur rêve. À cette époque, les 12 comprenaient Judas. Ceci, ainsi que d’autres versets du même genre, a amené de nombreux érudits à conclure que l’Évangile de Judas ne dépeignait pas Judas comme la personne sanctifiée que les traducteurs originaux pensaient qu’il était.

19. Yeshua (leur dit) : « Cessez (de sacrifier ce que) vous avez (et cessez de planer) au-dessus de l’autel. Les prêtres sont au-dessus de vos étoiles et de vos anges. Ils sont déjà parvenus à leur fin là. Laissez-les donc (être pris au piège / se quereller / se battre) devant vous, et laissez-les tranquilles. (Ne soyez pas souillés par cette génération, mais mangez plutôt la nourriture de la connaissance qui vous est donnée par le grand.)

Note : Nous verrons souvent les « étoiles » mentionnées dans le texte. Elles servent à symboliser deux concepts distincts. On pensait que, lors de la création du cosmos, des luminaires avaient été créés, qui étaient des puissances contrôlant le destin de chaque personne. On pensait aussi que chaque personne se voyait assigner une étoile comme sa demeure éternelle ou son lieu de repos. Une bonne personne monterait jusqu’à sa propre étoile pour y régner et s’y reposer. Ainsi, les étoiles étaient des puissances conscientes, exécutant les ordres de Yahweh, et elles étaient aussi des lieux de destinée pour ceux qui échappent au plan matériel.

20. Un boulanger ne peut pas nourrir toute la création sous (le ciel). Et (ils ne donneront pas) à eux (une nourriture) et (donner) à (ceux de la grande génération la même nourriture). Yeshua leur dit : « Cessez de lutter avec (contre) moi. Chacun de vous a sa propre étoile, et chaque (Des lignes manquent ici. Le texte pourrait se lire « chaque personne a son propre destin ». Ou peut-être « la personne qui fait le bien habitera et reposera sur son étoile »). (Toutes choses arrivent en leur propre saison et toutes les saisons sont fixées. Et dans (la saison) qui est venue (c’est le printemps) pour l’arbre (du paradis) de cet éon / âge (et il produira) pour un temps (puis se flétrira), mais il est venu arroser celui de Yahweh et (arroser aussi cette génération) qui durera, parce qu’(il) ne corrompra pas / ne détournera pas) le (chemin de vie pour) cette génération, mais (la guidera) d’éternité en éternité. » 21. Judas lui demanda : « Rabbi, quelle sorte de fruit cette génération produit-elle ? » Yeshua répondit : « Les âmes de chaque génération humaine mourront. Cependant, lorsque ces gens (de ce royaume) auront achevé leur temps dans le royaume et que le souffle vivant les quittera, leurs corps mourront, mais leurs âmes continueront et elles monteront (seront élevées / seront enlevées). » Judas demanda : « Que fera le reste des générations humaines ? » Yeshua dit : « Il n’est pas possible de planter des semences dans (un sol rocailleux) et d’en récolter le fruit. (Il en est aussi ainsi (de) la génération (corrompue)), (les enfants de ce royaume) et Sophia / la sagesse corruptible) (n’est / ne sont) pas la main qui a créé les gens mortels), afin que leurs âmes montent vers les royaumes éternels d’en haut. Amen, je dis, (qu’aucun) ange (ou / de) puissance ne pourra voir ce (royaume de) ceux-ci à qui (appartiennent ces) générations saintes (d’en haut). » Après que Yeshua eut dit cela, il partit.

22. Judas dit : « Rabbi, tu as écouté tous ces autres, alors maintenant écoute-moi aussi. J’ai vu une grande vision. »

23. Lorsque Yeshua entendit cela, il rit et lui dit : « Tu (es le) treizième esprit (daemon), pourquoi essaies-tu si fort / pourquoi t’excites-tu ainsi ? Cependant, parle, et je serai patient avec toi. » Judas lui dit : « Dans la vision, je me suis vu moi-même, et les douze disciples me lapidaient et me persécutaient très mal / sévèrement / fortement. Et (je te suivais et je) suis arrivé à un endroit où j’ai vu (une grande maison devant moi), mes yeux ne pouvaient pas en saisir (comprendre) la taille. Beaucoup de gens l’entouraient, et la maison avait un toit de plantes (herbe / végétation verte), et au milieu de la maison (il y avait une foule) (et j’étais là avec toi), disant : ‘Rabbi, fais-moi entrer / (la maison) avec ces gens.’ »

24. Il répondit et dit : « Judas, ton étoile t’a égaré. Aucune personne de naissance mortelle n’est digne d’entrer dans la maison que tu as vue. C’est un lieu réservé aux saints. Ni même le soleil, ni la lune, ni le jour (la lumière) ne régneront là. Seuls les saints vivront là, dans le royaume éternel avec les saints anges, toujours (certains ont le texte ainsi : « ils seront fermement établis avec les saints anges pour toujours »). Regarde, je t’ai expliqué les mystères du royaume et je t’ai enseigné l’erreur des étoiles ; et (je) l’ai envoyée (sur son chemin) sur les douze anges (éons). »

Note : Le Livre perdu d’Énoch parle des étoiles, qui sont les forces qui guident l’homme et la nature, et qui errent. Elles deviennent déplacées et hors d’ordre. Elles devaient être placées ou dirigées de nouveau dans leurs chemins propres. Voir The Lost Book of Enoch, de Joseph Lumpkin.

Note : Il y a 12 Âges astrologiques. Les 12 signes du zodiaque forment un chemin écliptique de 360 degrés autour de la Terre, et il faut 25 920 ans pour accomplir la Précession des Équinoxes. Chaque signe est composé de 30 degrés de longitude céleste. Chaque degré de la précession est égal à 72 ans terrestres, et chaque année est égale à 50 secondes de degré d’arc de longitude céleste. En un jour terrestre de 24 heures, la Terre tourne sur les 360 degrés entiers de l’écliptique, permettant à une personne de voir les 12 signes.

25. Judas dit : « Rabbi, se pourrait-il que ma semence (spirituelle) conquière les dirigeants du pouvoir cosmique (peut aussi être rendu : « est sous le contrôle des archontes ou dirigeants du pouvoir cosmique ») ? »

26. Yeshua répondit et lui dit : « Viens (avec moi afin) que je (puisse te montrer le royaume que tu recevras. Je te montrerai ce qu’il adviendra de toi et de cette génération), mais tu seras affligé quand tu verras le royaume et toute sa race (de gens). » Lorsque Judas l’entendit, il lui dit : « À quoi bon l’avoir reçu, voyant que tu m’as mis à part de cette race ? » Yeshua lui répondit et dit : « Tu deviendras le treizième, et tu seras maudit par les autres générations, et tu viendras régner sur elles. Dans les derniers jours, ils maudiront ton ascension vers la (race / le royaume) sainte. »

Note : J’ai choisi le mot « daemon » et non « démon », parce que le sens du texte n’est pas clair. Un daemon est une divinité ou un être surnaturel d’une nature entre les dieux et les humains. Au verset 24, Yeshua dit à Judas qu’il ne sera jamais digne d’entrer dans la maison, qui symbolise le royaume éternel. Plus loin, au verset 26, Yeshua semble indiquer que Judas sera maudit par les autres disciples, mais qu’il sera élevé pour entrer dans la génération sainte dans les derniers jours. Il est possible que le temps intermédiaire soit passé dans ce que la Bible appelle « sa propre place ».

27. Yeshua dit : « (Suis-moi / viens avec moi), afin que je t’enseigne les (secrets) qu’aucune personne n’a jamais vus. »

Note : Ici commence un mythe de la création fondé sur une certaine cosmologie gnostique séthienne. Le récit de l’histoire semble être une tentative de relier la cosmologie gnostique aux enseignements de Yeshua afin d’ajouter validité et autorité au récit de la création et aux entités, ainsi que d’aider à la propagation de la secte.

Il existe un royaume grand et sans limites, dont aucune génération d’anges n’a vu l’étendue (et en lui) est le Grand Invisible (Esprit), et aucun œil d’ange ne l’a jamais vu, aucune pensée du cœur (de l’esprit) ne l’a jamais compris, et aucun nom ne peut lui être assigné (il ne peut pas être nommé).

28. « Et un nuage brillamment lumineux apparut là. Le Grand Esprit dit : ‘Qu’un ange vienne à l’existence comme mon assistant (serviteur / aide).’ » « Le grand ange, l’être illuminé, divin, Auto-Engendré (Auto-Créé) émergea du nuage. À cause de lui, quatre autres lumières angéliques (luminaires), (Harmozel, Oroiael, Daveithai et Eleleth) commencèrent à exister à partir d’un autre nuage, et ils devinrent des assistants (aides / serviteurs) de l’ange Auto-Engendré (messager). L’Auto-Créé proclama : ‘Que vienne à l’existence (une étoile / Adam)’, et cela (il) vint à l’existence (aussitôt). Il (créa) la première étoile (luminaire / être brillant, resplendissant) pour régner sur lui. »

Note : Ici, nous avons un texte embrouillé, dont la traduction peut aller dans l’un de deux sens. Les mots manquants au milieu du texte pourraient être Adam, qui est aussi connu sous le nom d’Adamas, ou il pourrait s’agir d’une étoile, puisque la référence suivante est à un luminaire. La direction du texte n’est pas claire, sauf qu’il est convenu que le mot « it » est utilisé dans le texte.

« Il dit : ‘Que des anges (messagers) commencent à exister pour adorer (vénérer) (lui)’, et une multitude innombrable devint existante. Il dit : ‘(Qu’il y ait) un éon de lumière’, et il commença à exister. Il créa la deuxième étoile pour régner sur lui, pour rendre service avec la multitude innombrable des anges. C’est ainsi qu’il créa le reste des éons de lumière. Il les fit dirigeants sur eux, et il créa pour eux une multitude innombrable d’anges pour les assister. »

29. « Adamas (Adam) était dans le premier nuage lumineux (la première expression divine) qu’aucun ange n’a jamais vu, y compris tous ceux qu’on appelle ‘dieu’. Il (était celui) qui (créa l’éon illuminé et contempla) l’image et le produisit à la ressemblance de (cet) ange. Il fit apparaître la (génération) incorruptible de Seth à partir des douze (éons) et de la ressemblance de (cet) ange. Il fit apparaître soixante-douze lumières angéliques dans les vingt-quatre impérissables (étoiles / lumières angéliques / luminaires). Il fit apparaître soixante-douze lumières angéliques dans les vingt-quatre impérissables (étoiles / lumières angéliques / luminaires). Les soixante-douze lumières angéliques elles-mêmes firent apparaître trois cent soixante lumières angéliques dans la génération immortelle, comme la volonté de l’Esprit le dictait. Les soixante-douze lumières angéliques elles-mêmes firent apparaître trois cent soixante lumières angéliques dans la génération impérissable, comme la volonté de l’Esprit le dictait. La volonté de l’Esprit, que leur nombre soit de cinq pour chacun. La volonté de l’Esprit, que leur nombre soit de cinq pour chacun. apparaître dans la race immortelle, en suivant la volonté de l’Esprit, que leur nombre soit de cinq pour chacun. »

Note : Seth est le fils d’Adam et était considéré comme divin, comme Adam était divin. On pensait que Seth avait reçu la connaissance qui apporterait la liberté à l’égard du royaume matériel, et donc le salut.

30. « Les douze royaumes (éons) des douze lumières angéliques composent / désignent leur Père, avec six cieux pour chaque éon, de sorte qu’il y a soixante-douze cieux pour les soixante-douze lumières angéliques, et pour chacun (il y a cinq) firmaments, (produisant en tout) trois cent soixante (firmaments pour les étoiles). Il leur fut donné l’autorité et une armée innombrable d’anges, pour la gloire et l’adoration (le culte), (et alors il donna les) vierges (esprits purs), pour la gloire et le culte de tous les éons et des cieux et de leurs firmaments (cieux). »

Note : Les nombres assignés aux divers éons, anges et étoiles ont une signification à la fois dans le symbolisme biblique des nombres et dans la numérologie pythagoricienne. Un - Unité, souverain, Yahweh, causalité. Deux - Dualité et / ou fusion. Trois - Spirituellement complet, plénitude, création. Quatre - Fondations, systèmes, ordre. Cinq - Esprit, grâce, mouvement. Six - Humanité. Sept - Yahweh, sagesse, connaissance, perfection. Douze - Loi, règle, autorité. Treize - Maudit, au-delà ou sans loi. Vingt-quatre - Gouvernement céleste, anciens, un système. Dualité au sein du système. Soixante-douze - Les deux éléments du deux et du sept ainsi que l’élément d’achèvement. Trois cent soixante - Éléments du trois et du six ainsi que la signification d’un cycle complet, comme un cycle annuel. Une fin, et un nouveau départ.

31. La totalité (le rassemblement) de ces immortels est appelée le cosmos, c’est-à-dire la perdition / la décadence / la corruption, par le Père et les soixante-douze lumières angéliques / luminaires qui sont avec l’Auto-Créé et ses soixante-douze éons. Dans le cosmos, le premier humain apparut avec ses pouvoirs incorruptibles.

Note : Ce premier humain est Adamas ou Adam. Il faut noter que le nom « Adam » peut aussi être rendu par « Homme » en hébreu.

32. Et l’éon qui apparut avec sa génération et l’éon en qui sont le nuage de la connaissance et l’ange, est appelé El.

Note : El était le nom d’un dieu sémitique qui était le chef du panthéon des dieux affectant la nature et la société. Il est père de la famille divine et président de l’assemblée divine sur le ‘mont de l’assemblée’, l’équivalent de l’hébreu har mo’ed, qui devint par la traduction grecque des Choses Créées ‘ce qui est aussi la façon dont les fleuves étaient métaphoriquement pensés. Dans le jardin d’Éden de la Bible, un fleuve coulait pour former les quatre fleuves, le Tigre, l’Euphrate, le Guihon et le Pichon.’ El exprimait le concept du gouvernement ordonné, de la justice et de la création. La Bible ne stigmatise jamais le culte cananéen d’El, dont l’autorité dans les affaires sociales était reconnue par les Patriarches. Son épouse était Asherah, la déesse mère, représentée dans les sanctuaires cananéens par un arbre naturel (hébreu ashera) tel que l’arbre de vie.

33. (Il créa) l’éon, (après cela) (El) dit : « Que douze anges viennent à l’existence (afin de) régner sur le chaos et le (cosmos / la perdition). » Et regardez, du nuage (appelé Sophia) apparut un (ange / éon) dont le visage flamboyait de feu et dont l’apparence était souillée de sang. Son nom était Nebro, qui signifie « rebelle ». Un autre ange, Saklas, vint aussi du nuage. Nebro créa donc six anges - ainsi que Saklas - pour être des assistants, et ceux-ci produisirent douze anges dans les cieux, chacun recevant un morceau des cieux.

Note : Nebro peut être un démon femelle qui s’accouple avec Saklas ; d’autres appellent Nebro du nom de « Yaldabaoth (enfant du chaos) Yaldabaoth et Saklas sont tous deux des noms donnés à la divinité folle ou déficiente qui a créé le monde physique. La lecture pourrait aussi être influencée par le fait que, dans certaines mythologies, Nebro est un démon en chef et Saklas est un ange en chef. Nebro a le même sens que Nimrod, qui est « rebelle ». Les Juifs et les Grecs de l’époque étaient des littéralistes. Chaque mot des Écritures, sans exception, était pris au pied de la lettre. Par conséquent, le dieu qui créa Adam et Ève était un dieu limité et tangible. Il marchait et parlait et posait des questions, dont il ne semblait pas connaître les réponses. En bâtissant un récit de la création qui inclut Saklas, les problèmes furent résolus. Désormais, les références à de multiples dieux furent restreintes, cela laissa le Yahweh suprême être « Yahweh ».

34. « Les douze dirigeants (éons) parlèrent aux douze anges : ‘Que chacun de vous (reçoive une portion) et que ceux (qui sont dans cette) génération (soient dirigés par ces) anges’ :

Le premier est Seth, qui est appelé Messie. Le (deuxième) est Harmathoth, qui est (le chef souverain du monde souterrain). Le (troisième) est Galila. Le quatrième est Yobel. Le cinquième (est) Adonaios. Ce sont les cinq qui ont régné sur tout le monde souterrain, et principalement sur le chaos.

Note : Ces cinq noms sont probablement associés aux cinq planètes connues à l’époque où l’Évangile de Judas a été écrit. Elles ont été placées sur leurs trajectoires et leurs cours pour maintenir l’ordre et donner la lumière, à la fois réelle et spirituelle.

35. « Alors Saklas dit à ses anges : ‘Créons un être humain à la similitude et selon la figure / image / représentation (de Yahweh suprême).’ Ils façonnèrent Adam et sa femme Ève, qui est appelée Zoé / vie lorsqu’elle était encore dans le nuage. »

Note : Zoé est un autre nom d’Ève dans la Septante.

36. Car c’est ce nom (vie) que toutes les générations cherchent l’homme, et chacune d’elles appelle la femme par ces noms. Or, Sakla n’a pas commandé (comme il lui avait été ordonné) mais (il a commandé) aux générations (de l’homme de vivre si longtemps / pour une période de temps définie), (mais il les a créés à sa (de Saklas) ressemblance). Et le (souverain Saklas) dit à Adam : « Tu vivras longtemps, avec tes enfants. »

37. Judas dit à Yeshua : « (Quelle longueur) est la longue durée de temps que les humains vivront ? » Yeshua dit : « Pourquoi es-tu curieux de cela ? Adam et sa génération a vécu sa durée de vie dans le lieu où il a reçu son royaume, avec sa longévité accordée par son souverain (telle que dénombrée avec son souverain). »

38. Judas dit à Yeshua : « L’esprit humain meurt-il ? » Yeshua dit : « C’est pourquoi dieu (le dieu de ce royaume) a ordonné à Michel de prêter des esprits aux gens afin qu’ils servent (soient en servitude), mais le Grand a commandé à Gabriel de donner des esprits à la grande génération (race) qui n’avait aucun souverain au-dessus d’elle (une génération qui ne peut être dominée). Il a donné l’esprit et l’âme. Par conséquent, le (reste / la montagne) des âmes (prêtées reviendra au dieu de ce royaume à la fin). »

Note : Ce passage indique deux lignées de création. Pour les gens créés par le dieu de ce monde, il a été commandé à l’ange Michel d’attribuer temporairement des âmes à sa création. Pour garder leurs âmes, ils ont été réduits en esclavage pour adorer le dieu de ce monde. En revanche, le Grand a commandé à Gabriel de donner des âmes à ceux de la grande génération pour l’éternité.

39. « (Il n’y avait pas de) lumière (dans ce monde pour briller) autour (des gens pour) permettre à (l’)esprit (qui est) en vous tous de demeurer dans ce (corps) parmi les générations des anges. Mais Yahweh a fait que la connaissance soit (donnée) à Adam et à ceux qui étaient avec lui, afin que les rois du chaos et du monde souterrain ne les oppriment pas avec elle. »

Note : Le mot que la plupart des traducteurs rendent par « régner » a la connotation d’oppression.

40. Judas dit à Yeshua : « Alors, que feront ces générations ? » Yeshua dit : « En vérité, je vous le dis à tous, pour eux tous les étoiles mènent les choses à leur achèvement (apocalypse céleste). Lorsque Saklas achèvera la durée de temps qui lui est assignée, leur première étoile apparaîtra avec les générations, et ils achèveront ce qu’ils ont dit qu’ils feraient. Alors ils auront des relations sexuelles illicites en mon nom et tueront (sacrifieront) leurs enfants et ils jeûneront, et ils tueront leurs femmes dans une louange offerte en humilité les uns avec les autres ; certains ont des relations sexuelles avec d’autres hommes ; certains assassineront, certains commettront une pléthore de péchés et d’actes criminels, le tout en mon nom, et Saklas détruira (ou détruira) votre étoile au-dessus du treizième éon. »

41. Après cela, Yeshua (rit).

Note : Yeshua semble trouver de l’humour dans les jugements ou les concepts égarés des disciples. Il rit, comme s’il secouait la tête d’incrédulité devant l’erreur, puis il tente de donner un éclairage et une correction.

(Judas demanda) : « Rabbi, (pourquoi ris-tu de nous) ? » (Il) répondit (à Judas et dit) : « Je ne ris pas (à cause de vous) mais de l’erreur des étoiles, parce que ces six étoiles errent avec ces cinq guerriers et qu’elles seront toutes détruites avec leurs créations. »

Note : Les six étoiles étaient celles qui, avec Saklas ou yaldabaoth, ont créé l’homme et le cosmos. Les cinq guerriers désignent les cinq planètes connues à l’époque de la rédaction du texte. Ces planètes étaient aussi liées au culte païen et aux divinités.

42. Judas dit à Yeshua : « Regarde ce que font ceux qui ont été baptisés en ton nom ? » Yeshua dit : « En vérité, je (te) le dis, ce baptême fait en mon nom (est fait par ceux qui ne me connaissent pas. Ils sacrifient en vain au dieu de ce monde. Je n’ai baptisé personne, car ceux qui sont baptisés ici ont leur espérance ici et ceux qui me suivent n’ont pas besoin de baptême car ils viendront) à moi. En vérité, (je) te le dis, Judas, (ceux qui offrent des) sacrifices à Saklas (n’offrent pas de sacrifice au Grand) Yahweh (mais adorent plutôt) tout ce qui est mal. “Mais tu les surpasseras tous. Car tu sacrifieras l’homme (le corps qui me vêt / me met à nu / me contient).” »

Note : La théologie gnostique établit une dualité entre le monde matériel et le monde spirituel. Puisque le dieu qui a créé le monde matériel était défectueux, cruel et insensé, tout ce qui est produit dans cet environnement doit être corrompu et opposé au monde spirituel. Dans ce système de croyances, la mise à mort du corps de Yeshua était une bonne chose puisqu’elle libérerait son esprit et l’unirait au « Grand ». Vu sous cet angle, Judas aidait Yeshua à montrer le chemin à l’humanité. Cette ligne de raisonnement doit être prise comme métaphorique. Certains auteurs ont suggéré que Yeshua était devenu enseveli dans son corps et qu’il demandait à Judas de le libérer. Cela ne peut pas être ainsi puisque Yeshua va et vient à volonté depuis la Race sainte ou Génération d’en haut. Yeshua ne travaille pas non plus à un suicide collectif. Les gnostiques vivaient de longues vies et propageaient leur foi. Le message ici est que demeurer détaché du matériel ou du corporel et s’efforcer de recevoir la connaissance présentée ici vous libérera dans la vie à venir.

Déjà ta corne a été élevée, ta colère a été enflammée, ton étoile a brillé avec éclat, et ton cœur a (prévalu / été rendu fort / pur).

Note : Le symbole de la corne est un symbole phallique mais aussi un symbole de force, un peu de la même manière que la corne d’un rhinocéros est un signe de pouvoir et de puissance.

Note : Bien que les lignes ajoutées à la première moitié de ce verset soient ténues, l’information disponible établit la place de Judas selon ce récit. Elle ouvre toutefois certaines questions. Contre quoi la colère de Judas était-elle dirigée ? La colère de Judas était-elle sa force motrice ? Était-il en colère contre la religion établie de l’époque ? Était-ce sa colère qui peut indiquer que Judas voulait hâter le royaume de Yeshua afin d’y avoir une place d’autorité. Si c’est le cas, cela s’harmonise bien avec certaines lectures des évangiles canoniques, qui peuvent indiquer que Judas voulait hâter le royaume de Yeshua afin d’y avoir une place d’autorité.

43. « (En vérité, je te le dis), ton dernier (acte deviendra ce qui libérera cette race mais il) affligera (toi et mettra en colère cette génération) et le souverain, puisqu’il sera détruit. (Et alors l’)image de la grande race d’Adam sera élevée bien haut, car devant le ciel, la terre et les anges, cette race issue des royaumes éternels existe (existait). Regarde, tout t’a été dit. Lève tes yeux et regarde le nuage et la lumière qui est en lui et les étoiles autour de lui. L’étoile qui montre le chemin est ton étoile (tu es l’étoile). »

44. Alors, Judas leva les yeux et vit le nuage rayonnant, et il y entra. Ceux qui se tenaient au-dessous de lui entendirent une voix venant du nuage, disant : « (Le retour de la) grande race (est proche et l’image du Grand sera établie en eux à cause du sacrifice de Judas). »

Note : C’est le même nuage mentionné au verset 24. En entrant dans le nuage, Judas ne fit qu’un avec la causalité primordiale ou le « Grand / Yahweh suprême ». La Gnose lui fut communiquée et il connut les mystères. Il eut alors la compréhension et la force de faire ce qu’il était sur le point de faire. Cela équivaut à une transfiguration pour Judas, tout comme celle de Yeshua. De la même manière, une voix venue du ciel annonça sa destinée.

45. (Mais les scribes attendaient Judas, espérant mettre un prix sur la tête de Yeshua.) Leurs grands prêtres chuchotèrent qu’il était entré dans la chambre d’hôtes pour sa prière. Mais certains scribes étaient là, observant attentivement afin d’arrêter Yeshua pendant la prière, car ils craignaient le peuple, puisqu’il était accepté par tous comme un prophète. Ils s’approchèrent de Judas et lui dirent : « Pourquoi es-tu ici ? Tu es le disciple de Yeshua. » Judas leur répondit de la manière qu’ils souhaitaient. Et on lui donna une somme d’argent et il leur livra Yeshua.

Note : Nous lisons l’entrée de Judas dans le nuage rayonnant puis sa transaction avec les scribes, mais il n’y a aucune transition. Il est possible que le nuage soit une métaphore de la connaissance divine de la causalité primordiale ou du grand Yahweh qui a produit Barbelo. Voir le verset 28.

Note : La trahison réelle de Yeshua par Judas est considérablement minimisée. Un seul paragraphe est consacré à l’acte lui-même. Dans ce seul paragraphe, aucun détail n’est offert. L’évangile est construit pour donner la raison de la trahison. Construire la justification de l’acte devient beaucoup plus important que l’acte lui-même, étant donné que c’est le corps qui vêtait Yeshua qui a été détruit et non l’esprit intérieur. Se défaire du corps a accompli la destinée et libéré l’esprit du Messie. Cela a été fait comme une démonstration de la croyance de Yeshua en le royaume immortel et éternel, qui se trouvait au-delà des sens humains. La leçon de l’Évangile de Judas et du gnosticisme en général avait trait au fait de chercher à l’intérieur pour acquérir la connaissance du monde spirituel invisible. L’Église orthodoxe enseignait que ce n’est que par le martyre ou la bénédiction de l’Église que l’on pouvait passer dans le royaume spirituel. Yeshua enseignait une autre voie. Sa mort était le seul moyen d’illustrer sa foi et de montrer à ses disciples qu’il y avait plus que ce qu’ils pouvaient voir dans le monde matériel. Selon les textes gnostiques, la mort de Yeshua n’a pas apporté le salut. Sa vie et sa mort ont enseigné et fourni une connaissance qui, si elle est comprise, libérerait la race humaine de ses chaînes et lui permettrait de monter au royaume immortel.

Ici se termine l’Évangile de Judas.